Le château des Ormes, témoin du Siècle des Lumières et de la Belle Epoque.

Le château des Ormes, témoin du Siècle des Lumières et de la Belle Epoque.

1 juillet 2016 Non Par chateaudesormes

En 1642, le domaine est acquis des créanciers de la succession de Gallard de Béarn par Antoine-Martin Pussort (†1662), conseiller du roi en ses conseils d’Etat et privé, ainsi qu’à la cour des aides, seigneur des Vaux de Cernay près de Versailles. Il entame la construction d’un vaste château composé de 7 pavillons dont un, au centre, couvert d’un dôme et de son lanternon, avec jardins à la française.

Henri II Pussort

Henri II Pussort (1615-1697)

A sa mort en 1662, les Ormes reviennent à son frère cadet, Henri Pussort (1615-1697), second du nom, puis à la mort de celui-ci en 1697, à la descendance de leur sœur, Marie Pussort, marié à Nicolas Colbert, tous deux parents du célèbre ministre de Louis XIV, Jean-Baptiste Colbert.

De cette époque, reste l’aile à droite de la cour, remaniée au XVIIIe siècle.


Chteau XVIIe

Le château des Ormes au XVIIe siècle du côté de la Vienne

Le château des Ormes est vendu en 1697 par le duc de Beauvillier, gendre de Colbert, à Charles Chamblain, receveur général des finances de la généralité de Poitiers. En 1720, il revient à Pierre Boutet de Marivatz, premier gentilhomme ordinaire du duc d’Orléans. 

En 1729, le château des Ormes est acquis par Marc-Pierre de Voyer de Paulmy d’Argenson, dit le comte d’Argenson (1696-1764), conseiller d’Etat, chancelier du duc d’Orléans et ministre de la Guerre de Louis XV de 1742 à 1757.

Marc-Pierre, comte d'Argenson (1696-1764)

Marc-Pierre, comte d’Argenson (1696-1764)

Le château restera dans la famille d’Argenson jusqu’à la fin du XXe siècle. Louis XV entretenait avec son ministre et ami personnel des rapports privilégiés qui susciteront la jalousie de Madame de Pompadour, maitresse du roi, qui obtiendra son renvoi en février 1757.

Le comte fut exilé aux Ormes jusqu’à ce qu’il fut autorisé à revenir à Paris où il mourut en 1764. Il avait entamé la reconstruction du château durant cette période dans le style rocaille en vigueur (construction de l’aile à gauche, dite « d’Argenson » et des grands pavillons latéraux au fond de la cour ; reconstruction de l’aile dite « Pussort » ou « de l’Horloge »). Les ouvrages furent confiés au grand architecte tourangeau du moment, Pierre Meusnier (1702-1781), auteur du Palais du Commerce de Tours notamment.

 Voltaire (1694-1778)

Voltaire (1694-1778)

Dans les pavillons en retour de l’aile d’Argenson et de l’aile Pussort, le comte Marc-Pierre fit aménager des appartements pour ses amis parisiens, philosophes, encyclopédistes et membres de l’Académie des Sciences.

Charles-Jean-François Hénault (1685-1770)

Charles-Jean-François Hénault (1685-1770)

Le château des Ormes devint ainsi un des centres intellectuels du Siècle des Lumières. Parmi les illustres visiteurs des Ormes, figurent Voltaire, Marmontel, Fontenelle, le Président Hénault, Dom Deschamps, mais aussi et plus tard, le comte d’Artois, futur Charles X.

A la mort de son père en 1764, Marc-René, dit le marquis de Voyer (1722-1782), entama la reconstruction du corps central dans le style éclectique en vigueur par son protégé, Charles De Wailly (1730-1798). Célèbre architecte de l’Odéon à Paris, De Wailly composa un bâtiment mêlant influences de la Grèce et de la Rome antique, de la Renaissance et de l’architecture classique du XVIIe siècle.

Corps central des Ormes à la fin du XVIIIe siècle

Corps central des Ormes à la fin du XVIIIe siècle

Outre le célèbre portique à colonnes grecques sans base du rez-de-chaussée (vestiges dans la basse-cour du château), Voyer voulut derrière le logis, soucieux de rivaliser avec la célèbre « pagode » de son ami, le ministre Choiseul, à son domaine de Chanteloup, près d’Amboise, une grande colonne en métal avec escalier hélicoïdal menant à une terrasse au sommet, sur le modèle de la colonne antonine à Rome.

Marc-René, marquis de Voyer (1722-1782)

Marc-René, marquis de Voyer (1722-1782)

Cette colonne colossale, ainsi que la partie centrale du château, furent démolies en 1822 par son fils, le marquis Marc-René-Marie, député de la Vienne.

L’ensemble était alors vétuste et démodé et le marquis, alors désargenté, n’était plus en mesure de les entretenir.

Il ne subsistait alors plus que deux ailes : l’aile Pussort, au nord et l’aile d’Argenson, au sud. Le vide central entre les parterres de la cour et le jardin à l’anglaise en terrasse sur la Vienne fut comblé à la fin du XIXe siècle.

Gaston-Marie-Marc-Pierre, huitième comte d’Argenson (1877-1915), éminente personnalité politique de la région — il est à la fois maire des Ormes, conseiller général et député de la Vienne — fit édifier entre 1903 et 1907 par le grand architecte parisien du moment, Alfred Coulomb (1838-1929), le pavillon central et les terrasses latérales actuelles en harmonie avec les deux pavillons du XVIIIe subsistants.

Corps central (1903-1907)

Corps central (1903-1907)

Les travaux d’aménagements intérieurs furent achevés, quant à eux, en 1908.

Gaston-Marie-Marc-Pierre, comte d'Argenson (1877-1915)

Gaston-Marie-Marc-Pierre, comte d’Argenson (1877-1915)

Vendus en 1977 par les héritiers de Marc-Pierre-Aurélien, huitième marquis d’Argenson (1906-1975), les bâtiments furent rachetés progressivement, depuis l’an 2000, par M. et Mme Sydney Abbou qui ont investi leur passion du patrimoine dans la restauration du château, sur les conseils éclairés des architectes des monuments historiques.

Ils partagent leur passion en ouvrant le monument au public et à tous les férus d’Histoire et de Patrimoine.